Les abris provisoires dans le système éducatif Sénégalais

« Ouvrir une école, c’est fermer une prison » disait Victor Hugo. Mais de quelle école s’agit-il ? L’école est le lieu par excellence d’acquisition du savoir, du savoir-être et du savoir-devenir à travers son programme.  Au Sénégal, le phénomène des abris provisoires vient assombrir le paysage d’un système éducatif pourtant très choyé et apprécié en Afrique et dans le monde. Le pays compte environ plus de 6369 abris provisoires selon une étude du Ministère de l’éducation nationale réalisée en 2017, localisés en grande partie dans les zones rurales. Une situation qui rend l’enseignement difficile et désavantage sérieusement les chances de réussite des élèves qui évoluent dans ces conditions.

Qu’est ce qui explique ce nombre important d’abris provisoire ?

En effet, les causes sont nombreuses et variées. Certains évoquent l’absence de volonté politique même si l’envie de bien faire est là. Outre, cette volonté politique, il est important de noter que sur le budget alloué au système éducatif, une grande partie est destinée au personnel et non à la construction de classes conformes. L’augmentation du nombre d’élève aussi est à l’origine de l’existence de classes pléthoriques et donc du besoin de mettre en place des abris provisoires.

Des actions pour éradiquer ce phénomène d’abris provisoires ?

Dans ce nouveau format basé sur la pédagogie active et sur la centralité de l’élève, ces abris constituent un véritable obstacle. Il serait difficile de répartir des élèves en groupe de travail dans des abris provisoires.  Ces salles de classes à « ciel ouvert » ne sont pas conformes. Face à une telle situation, l’Etat et les partenaires ont fait des efforts remarquables en construisant un nombre important de classes. Il en est de même que pour les associations villageoises et la diaspora s’activant dans la construction d’infrastructures scolaires et sanitaires.

Quelles solutions pour faire face au problème ?

Au vu de l’importance de l’éducation dans une nation et le nombre important d’abris provisoires au Sénégal, l’Etat devrait :

  • Travailler et collaborer avec toutes les forces vives de la nation qui œuvrent dans l’amélioration des conditions d’apprentissage des élèves. Le projet « Zéro Abris » s’inscrit dans cette dynamique de réhabilitation des abris provisoires grâce à une géolocalisation précises de ces derniers. Une telle base de données permettra aux partenaires d’agir dans les régions les plus touchées.
  • Redéfinir les priorités dans le domaine de l’éducation. C’est bien d’améliorer les conditions d’étude de l’élève, mais il serait important de penser à l’enseignant. Cela passe de la formation de l’enseignant d’une part à la construction d’infrastructures modernes (salles de classes, bibliothèques, salles de conférences, salles informatiques…) d’autres part ;
  • L’Etat doit inviter les entreprises privées à participer à la construction des écoles même si certaines sont déjà dans l’action.

SEKOU BARRO, Professeur d’Histoire et Géographie à Keur Massar