ZERO ABRI, un rêve qui devient réalité !

A l’orée du troisième millénaire, beaucoup de pays, notamment africains, membres de l’UNESCO s’étaient entendus sur l’urgence et la pertinence de mettre en place un système éducatif performant, compétitif, adapté aux réalités du continent et surtout qui serait inclusif, équitable et égalitaire. Ainsi, le programme Education Pour Tous (EPT) fut-il adopté, en mars 1990 à Jomtien (Thaïlande) lors de la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous, et sera, par la suite, évalué et confirmé une décennie plus tard, l’an 2000, dans notre capitale sénégalaise. En somme, l’objectif du programme était l’universalisation de l’accès à l’école aux enfants des deux sexes quelle que soit leur provenance : l’égalité des chances en était l’un des principes fondamentaux. Dans cette lancée, un vaste travail attendait donc les décideurs des nations engagées dans le projet, notamment principalement la disponibilité en quantité et en qualité d’infrastructures et de matériel didactique, mais aussi de formateurs qualifiés.

Quels sont les résultats du programme de l’éducation pour tous ?

Vingt ans après, il conviendrait alors de s’interroger sur le niveau d’atteinte de cet objectif principal par notre pays, le Sénégal. A ce propos, aujourd’hui, en 2020, l’on constate globalement une volonté de l’Etat de favoriser l’admission massive et le maintien des jeunes filles à l’école, et d’autre part la création d’établissements de proximité dans les coins les plus reculés ou défavorisés du pays.  Mais pour autant, le système éducatif n’offre pas encore effectivement un cadre propice pour l’apprentissage, l’épanouissement, le maintien et, à plus forte raison, la réussite des apprenants, particulièrement ceux des zones déshéritées où, le plus souvent l’école n’existe que de nom ; car étant dépourvue de la composante la plus basique : la classe physique répondant aux normes standards.

Les abris provisoires, une réponse provisoire ?

C’est alors dans la logique des mesures palliatives et transitoires que l’Etat du Sénégal, par le truchement du Ministère de l’Education nationale, a instauré le principe des abris provisoires : des salles de classes de fortunes, fabriquées dans le tas avec des matériaux rudimentaires tels que la pailles, les bâtons ou branches d’arbres, des palissades, feuilles de palmiers ou rôniers, planches, tôles, et autres. Et pour la plupart, leur construction ressort de la responsabilité des parents d’élèves et parfois des municipalités. De plus, aussi surprenant que cela puisse paraitre, et malgré les innombrables financements et importants budgets annoncés par le ministère de tutelle depuis le début du millénaire, l’équation des abris provisoires reste toujours entièrement irrésolue au Sénégal, il faut le dire. Pour en avoir le cœur net, il suffit de sillonner le pays pour s’apercevoir de la gravité de la situation, compte non tenu des statistiques ahurissantes qui estiment à 6369 abris provisoires sur toute l’étendue du territoire national (données d’une étude du MEN de 2017). Par conséquent, dans un contexte d’un système éducatif déjà fortement affaibli par des résultats peu satisfaisants occasionnés en majorité par le non-respect du quantum horaire normal à cause des mouvements de grèves des syndicats d’enseignants, les abris provisoires viennent accroître davantage l’échec scolaire. Et les zones rurales en pâtissent le plus.

L’impact des abris provisoires sur les conditions d’études des élèves

Les abris provisoires, dans un pays tel que le nôtre qui se veut aujourd’hui émergent, sont une atteinte grave aux droits des enfants et à la dignité humaine. En effet, parmi les droits fondamentaux que leur octroie l’UNICEF, les plus essentiels en sont foulés au pied avec l’existence des abris provisoires dans la sphère scolaire, milieu par essence leur appartenant. Il s’agit de leurs droits :

  • A la non-discrimination : une inégalité notoire de traitement surgit dès lors que des enfants d’un certains milieux sociaux précaires sont condamnés à s’instruire dans des conditions extrêmes alors que d’autres sont dans le confort et la sécurité qu’offrent de vraies salles de classes ; 
  •  A la santé : les abris provisoires sont des facteurs exposant les plus jeunes à toute sorte de risque sanitaire. Avec les intempéries, les attaques d’animaux sauvages, les incendies et autres potentiels dangers, c’est la survie même des enfants qui est mise en jeu ;
  • A l’éducation : il va de soi qu’une éducation de qualité a ses exigences qui sont totalement en contradiction avec le principe d’abris provisoires, qui excluent, en réalité, toute possibilité d’établir l’équité et l’égalité entre les élèves de milieux divers dans une seule et unique nation.  En outre, les enseignants travaillant dans de telles conditions éprouvent un profond malaise et rencontrent d’énorme difficultés à atteindre leurs objectifs. Une autre injustice !
  • A des soins spécifiques en cas de handicap : les élèves vivant avec un handicap, moteur notamment, seront sans conteste les premiers laissés-pour-compte si l’on sait que même dans la construction des classes normales, on ne prend pas beaucoup en considération les besoins liés à leurs situation incommodante.

Quelles solutions pour éradiquer le problème ?

Seulement une réelle volonté politique en plus de l’apport de toutes les forces vives de la nation, ainsi que le soutien indispensable des partenaires étrangers pourront mettre fin à cette anomalie dans le système éducatif sénégalais. Mieux, il convient de s’ouvrir à de nouvelles perspectives, notamment avec l’importance du numérique dans la gestion des crises de tout bord. Par exemple, les startups offrent de nos jours une panoplie de plateformes et d’outils qui englobent en elles-seules les atouts nécessaires à la réalisation des projets de hautes envergures, que ce soit dans le long, le moyen ou le court terme : l’identification précise des problèmes et besoins dans le temps et l’espace, la visibilité et la transparence dans le financement et la gestion, la communication, le partage d’information en temps réel et surtout l’inclusion de tous les potentiels acteurs et partenaires.  Le projet « ZERO ABRI » s’inscrit dans cette dynamique de géolocalisation des abris provisoires sur toute l’étendue du territoire national et d’une mise en connexion de la base de données de ces écoles de fortunes à des partenaires, société civile, l’Etat etc. pour une stratégie co-construite d’éradication de ce phénomène.

 

La fin des abris provisoires dans le secteur de l’éducation serait le vrai pas de géant qui pourra réellement promouvoir la réussite de l’école sénégalaise. Un rêve dont nous entreprenons la réalisation à travers notre startup.

Abdoulaye SAMBOU, Professeur de Lettres Modernes